La fille-mère en moi est amère. Traumatisée et intoxiquée par toutes ces injonctions mal arbitrées du patriarcat, souffrez qu’elle heurte votre sensibilité sans s’en excuser.
Tous autant que nous sommes, notre nature humaine nous prédestine aux normes sociétales dûment établies, avant même la première rencontre de nos géniteurs. Bien qu’étant avantageux pour la plupart des garçon, ce conditionnement leur est beaucoup plus flexible. Avant même que la perspective du péché n’effleure leurs esprits, ils sont déjà pardonné. Du garçon à l’homme, de tout son parcours, il a droit à l’erreur, sans que ça ne pose de problème. Par contre pour la fille, c’est une autre histoire.
Elle n’a aucunement droit aux déviances. Son chemin est beaucoup plus constant et à peine négociable. Elle nait fille, devient épouse (c’est d’ailleurs ce qui lui confère la valeur ou le statut de femme aux yeux de la société), avant d’être mère. Le regard de la société durcit lorsque pour une raison ou une autre, elle a le malheur de faire obstruction à ces normes.
Comme le décrit si bien David Niget dans la présentation de son ouvrage « Mauvaises filles : incorrigibles et rebelles« , les mauvais garçons ne sont pas traités de la même façon que les mauvaises filles. Les mauvais garçons sont facilement héroisés, être un bad boy est valorisant, constitutif de l’identité masculine, parfois considéré comme symbole de la virilité. Alors que la mauvaise fille ne renvoie systématiquement que du négatif. On la met toujours dans le registre de la pathologie, du danger social, de l’immoralité, et de la menace sociale.
En outre, ce qui dérange le patriarcat, ce n’est pas tant le danger auquel la fille peut faire face lorsqu’elle se retrouve enceinte tôt. Ce n’est pas l’age, ni l’immaturité,ou encore l’absence d’autonomie financière et/ou physique pour assumer la responsabilité qui nait de la parentalité. C’est plutôt le fait de ne pas cocher la case « épouse » au passage . Je n’ose pas évoquer le rôle des religions dans le renforcement de ce déséquilibre social. La légalisation même du mariage des enfants par le regard sociétal, les coutumes et traditions encore dans certaines contrées en dit long. Si la société peine à accepter qu’une femme puisse s’épanouir sexuellement en dehors du mariage, la voir en porter la preuve est apparemment un affront dont elle ne se remet pas.
Où sont les fils-pères ? Qui en parle? Comment les traite-t-on? Vous n’en trouverez pas. Même Google a à peine vu des écrits sur eux. Évidemment ils ont droit à l’erreur.
La déclaration
L’histoire de chaque fille-mère est singulière et spécifique. Tout comme la rencontre avec la fille-mère qu’elle est, la façon de la vivre est autant variable selon la personnalité et dans le temps.

Quand je suis tombée sur « Le destin d’une fille-mère au 18eme siècle« , au lieu d’être choquée comme d’habitude, j’ai souri . J’ai l’impression d’y vivre, même si les choses ont beaucoup évolué à notre époque, il y a des douleurs que l’âme reconnait.
Quand j’ai découvert que je logeais un être humain en moi, j’entamais à peine la vingtaine. Plus précisément 21 ans. J’avais fini mes études universitaires du premier cycle. J’avais déjà un boulot assez rémunéré pour me nourrir, me vêtir, et me loger. Je me sentais déjà femme, et vivre une expérience aussi magique que de porter un humain était pour moi la cerise sur le gâteau. J’aimais l’idée d’être mère, pouvoir me retrouver dans la peau d’une femme enceinte est une dimension de la femme qu’il me plaisait d’explorer. Sauf que je n’étais pas une épouse, encore moins un homme pour au moins espérer être pardonnée ou comprise.
De tous les chocs savamment orchestrés de ma vie de fille-mère, celui de ma première rencontre avec ce mot, reste l’un des plus douloureux.
Je me revois encore il y a quelques années. J’étais épuisée, seule, en marche vers la dépression alors que je n’entamais que le troisième mois du chemin. J’avais finalement retrouvé la force de parcourir tous ces kilomètres pour répondre enfin à l’invitation de cette femme. Cette femme dont je portais en moi une partie des gènes, celle-là même qui devrait pourtant comprendre la sensibilité d’une femme porteuse de vie.
En m’asseyant dans son salon, je ne savais pas encore à quoi m’attendre, pourtant j’étais déjà tellement repliée sur moi, priant le canapé de m’avaler. L’accueil habituel auquel j’avais droit, avec son air taquin qui me faisait l’admirer au plus haut point, a laissé place à quelque chose que je n’ose pas décrire. Comme pour bien peindre cet atmosphère de tribunal qui régnait, ces premières paroles ont été un flot de questionnement. « X* m’a dit que tu es enceinte, c’est quoi ta version des faits? Tu sais bien qu’il ne travaille pas encore, tu veux que je me justifie comment devant son père? »
Sans même me donner le temps d’en placer une, elle m’a expliqué avec les moindres détails, comment elle a pris le temps de parfaire l’éducation de son enfant. Comment elle a consacré du temps à son éducation sexuelle. Comment il était inoffensif, qu’il ne pouvait pas se permettre d’enceinter une fille sans que ça ne soit la faute de cette dernière.
J’étais l’unique fautive. Condamnée à porter seule le fardeau de l’intolérance de la société à l’égard de la sexualité hors mariage. Et ce n’était que le début d’une longue aventure de rejet et de stigmatisation de la fille-mère que j’étais devenue.
Le plus dur était de finir par l’accepter, à force de me mirer dans le regard des autres, j’ai fini par l’enfermer. Je lui ai construit une gigantesque maison, pour la mettre à l’abri, la cacher au fond de moi, où personne ne pourra la voir aussi facilement. Espérant qu’on arrête au moins de la brutaliser. Pour qu’elle puisse savoir qu’au moins moi je l’accepte, que je l’aime et que je l’aimerai toujours.
Et depuis je vis avec. A chaque regard mal placé, chaque blague de mauvais gout, chaque mot mal manié, chaque non, chaque rejet, chaque trahison, elle revient me souffler à l’oreille. Tu n’es qu’une fille-mère après tout. Et d’une fille-mère, personne n’en veut.
Parfois j’ai envie de hurler, de dire au monde » Regardez, je suis belle, intelligente, ambitieuse, je ne manque de rien, mais il y a une fille-mère rejetée qui sommeille en moi. Qui attend encore qu’on l’accepte, qu’on lui pardonne, qu’elle puisse enfin respirer, grandir, devenir une femme et pouvoir vivre enfin. Hey vous la voyez? elle est juste là, et je n’ai aucune envie de périr avec elle à l’intérieur ». Mais non, il n’entend pas. Il ne voit rien.
Pourquoi être une femme doit être aussi douloureux ?

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