Pexel

J’écris, donc je suis

Enfin, j’écris.

Pouvoir délivrer mes pensées, et les poser délicatement sous forme de mots est d’une satisfaction insolente. Un peu comme une femme qui délivre enfin son bébé, après de longues heures de travail laborieux. Que les personnes l’ayant vu nue soient d’une dizaine, le plus important pour elle c’est de pouvoir entendre enfin le cri de son bébé, et de se retrouver à l’abri de la douleur. Tout comme l’accouchement, l’écriture est le don d’une partie de soi. C’est le don d’une vie. Si écrire ne fait pas forcément de vous un bon écrivain, il vous donne au moins cette sensation d’apaisement, de vie. Et s’il était demandé à René Descartes d’adresser un message aux générations futures sur sa découverte, ç’aurait été « J’écris, donc je suis ».

Alors venons dans le vif du sujet.

Pourquoi j’écris ?

Parce que je consens à la vie éternelle. J’écris pour donner vie à toutes ces vies en moi. J’écris non seulement pour accoucher mes pensées, mais également pour brandir mon humanité. J’écris pour mettre fin à toutes ces guerres en moi. J’écris pour vivre, et vivre après ma vie.

J’ai vécu la grande partie consciente de ces 26 années derrière moi, entre une double personnalité. Celle qui lutte contre vents et marrées pour être et celle qui a peur de révéler son vrai « Moi ». J’écris donc pour poser chacune de ces personnalités. Je les écris pour mieux les observer de loin. Pour les comprendre et savoir mieux les habiter. J’écris surtout pour m’assumer, assumer mon entièreté. Assumer mes blessures, mes démons, ma lumière, mes talents.

J’écris pour m’annoncer que j’ai déposé les armes. J’ai cessé de fuir, de voir des ennemies imaginaires partout. Longtemps j’ai lutté, lutté contre l’éducation, la société, le monde et les personnes qui m’entourent. J’ai toujours eu comme l’impression qu’ils conspirent tous à m’enfermer dans la peau d’une femme.  Chacun de ces « Quel homme acceptera que tu fasses ci ou ça, dans sa maison » ou « Tu dois savoir faire ci, pour espérer qu’un homme t’accepte », a été un violent coup de machette qui a fait saigner mon cœur.

J’ai toujours voulu que le savoir me soit transmis pour parfaire l’être que je suis déjà. Pour me rendre meilleure, pour moi d’abord, puis les autres après. Et surtout que ce savoir, que ça soit sous forme de critique ou autre, vienne renforcer mon amour propre, avant de m’apprendre à aimer, et à m’occuper des autres.

Ma mère a œuvré pour que je sois une intellectuelle, mais il ne fallait pas que j’en sois trop. J’avais inconsciemment l’obligation de laisser un petit espace, pour qu’un homme se sente assez confortable pour gouverner ma vie. J’ai lutté contre cette éducation, mais bien souvent elle revient me fouetter pour m’emmener à la réalité.

J’ai passé la majorité de cette vie consciente à lutter contre le monde. Apprendre que les vertus que je devrais absolument préserver (amour, don de soi, vérité), n’étaient pas les seules, ni même les meilleures pour la survie ; a eu non seulement le mérite de me révéler la naïveté maladive dans laquelle je végétais, mais de me montrer que le vrai monde est complètement différent de celui dans lequel je pensais vivre.

Avec un peu de recul et un regard autour de moi, j’ai compris que c’était une guerre sans ennemi. Je luttais dans le vide, avec le néant et donc contre moi-même. Mais le plus drôle, ce sont les dégâts causés qui sont aussi importantes que ceux d’une guerre réelle. Les séquelles sont tout aussi lourdes à trainer. J’écris donc pour mettre fin au massacre. Faire une trêve. Je ressens le grand besoin de signé enfin un traité de paix. Alors, je l’écris.

J’écris pour dire au monde que je ne suis pas qu’une femme. Quoique j’adore ma féminité. J’adore être sexy quand je veux, j’adore également être voilée quand j’en ai envie. J’adore être maquillée quand ça me chante. J’aime également mettre des pantalons, des vestes, etc… Mais à aucun moment je ne veux donner d’explication quand je troque ma mini robe sexy contre un blouson bleu, si mon travail le demande. A aucun moment je ne veux devoir supporter des interrogations quand je gare ma belle voiture (imaginaire) pour rentrer dans la boue si c’est nécessaire pour mon job. Je ne veux pas m’attendre aux « Pourquoi en tant que femme, tu fais ce métier ? » (si je suis dans un domaine qu’ils n’avaient pas pensé pour la femme).

Je suis de la catégorie de celles qui n’aiment pas l’expression « honneur aux femme ». J’ai l’impression qu’on me lance ironiquement à la figure, « tiens, c’est une faveur ». Non, merci. Soit tu as envie de le faire ou tu ne le fais pas. Soit je le mérite, ou je ne le mérite pas. J’écris donc pour dire au monde que je ne suis pas qu’une femme. Je ne suis pas qu’un « individu vulnérable » qu’il faut protéger à tout prix. J’écris pour lui annoncer que j’ai un cerveau. Un cerveau qui a la même valeur que pour tout autres êtres humains, sinon encore plus.

J’écris donc pour dire au monde qu’en me regardant, de ne pas voir que mes seins, mes gros yeux, mes courbes, mes lèvres pulpeuses. Parce que je risque d’user de violence pour lui montrer toutes ces choses qui engraisse mon cerveau, et qu’il feint de ne pas voir.

J’écris pour renouer avec l’excellence, pour accepter la lumière et marcher la tête haute. J’écris pour que dans les moments sombres, je puisse me rappeler cette phrase qui est une promesse à mon Moi « J’ai une valeur inestimable».

Écrire me permet d’escalader le mur de cette liberté conditionnée, dans laquelle nous sommes condamnés à vivre.

Enfin j’écris pour donner de l’espoir à toutes les filles-mères. Je ne sais pas encore dans quel sens, mais je sais que l’espoir fait vivre. Et mon écriture est remplie de vie. J’écris donc pour dire à toutes ces jeunes-filles mères qui comme moi, se sont senties lésées, rejetées, et brisées dans leur amour propre, qu’elles ne sont pas l’opprobre. Elles peuvent encore accomplies de grandes choses. J’écris pour hisser le drapeau des filles&mères, et rétablir le respect qui leur est dû. La fille-mère en moi est enfin libre, acquitter de toutes peurs. Je la laisse donc s’exprimer.

Écrire, c’est donc le signe de ma vitalité. Mon nouveau départ commence donc ici, à travers ces lignes.

Si penser nous donne la certitude d’être, écrire le révèle aux autres. Alors, j’écris.

1 réflexion sur “J’écris, donc je suis”

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