Il n’y a rien de constant si ce n’est le changement
Bouddha
Il paraît évident que le changement est inévitable dans notre parcours d’humain et de terrestre ( que les autres espèces vivantes sont également concernées). Cependant, avoir conscience de cette réalité ne nous épargne pas du choc et l’état de déséquilibre mental qu’il arrive parfois d’affronter lorsqu’on est en face de l’inconnu. Le changement, aussi prévisible qu’il soit, vient souvent avec son lot de surprises et de contraintes déroutantes.
Personnellement, les expériences vécues ces 10 dernières années m’ont maintes fois rappelée, combien rien n’est totalement acquis. Quand je suis devenue maman, le monde autour de moi a complètement perdu de son innocence, pareil pour mes premières expériences professionnelles, et même certaines de mes relations amicales et/ou amoureuses. Pourtant à chaque grand changement qui survient dans ma vie, je peine à rester droite dans mes bottes sans toucher le fond.
Je ne suis certainement pas de ceux qui préfèrent la sécurité, rester dans leur zone de confort et se contenter de la traditionnelle assurance des sentiers battus. J’aime l’innovation, faire les choses avec une touche de nouveauté et d’originalité me caractérise mieux. J’aime particulièrement l’idée d’être un agent de changement. Néanmoins, quand le changement vient de l’extérieur, il m’est très difficile de m’adapter. Je n’aime pas l’incertitude qu’apporte l’inconnu. En outre, mon cerveau a surtout besoin de temps pour accepter le changement.
Depuis 2020 la psychologie collective est en plein chambardement dans le monde entier du fait de la pandémie. De mon coté, cela fait 15 mois que j’ai changé d’environnement professionnel. Quitter la salle d’accouchement pour une organisation bien établie et structurée, c’est beau dans la théorie, mais dans ma réalité, c’était on ne peut plus compliquer. Je l’ai vécu comme un grand saut dans le vide espérant trouver une accroche pour atténuer la chute. Ce n’était pas une chute dans le mauvais sens, mais mentale et psychologique. Je devrais accepter de troquer mon indépendance, ma liberté, et quelques habitudes auxquelles j’étais accrochée.
Dès le premier jour, j’ai été sonnée de la façon dont on réveille un somnambule avec les claquements de doigts.
Eoooooooo ! nous sommes dans la vraie vie ici, ramène tes foutus pieds à terre.
ça a été 15 mois de turbulence mentale, de peur, de doute, mais surtout de beaucoup de choses apprises aussi bien pour le renforcement de mes capacités, que sur ma personnalité.
-La valeur du repos: Maternité, Freelance Vs Employé à plein temps
Je n’ai jamais eu autant besoin de vacances de toute ma vie que ces derniers mois.
Le travail a toujours été ma bulle de protection. C’est vrai que je suis énormément guidée par mes ambitions, mais je travaille également pour me protéger du monde extérieur et de tout le stress que je développe juste à l’idée de devoir me fondre dans la masse.
A la maternité, j’étais dans un régime de garde, je consacrais 24h non-stop au boulot pour 48h de repos. Tant bien que mal, se reposer pendant 48h avant de reprendre le boulot permettait de compenser le sommeil sacrifié, la fatigue orchestrée et d’évacuer le stress accumulé au cours de la garde. Mes congés étaient donc plus une norme administrative, un besoin de sortir de la routine, qu’une nécessité de repos.
Avant mon nouveau job, j’ai passé une période de transition. Mes 48h après la garde me servait de tremplin pour mes projets personnels (Blog, Association, engagement citoyen, création de contenu…). Mon emploi de temps était très flexible, il m’arrivait même de revendre mes gardes à d’autres collègues pour aller à un congrès, voyager, faire des choses qui me tiennent à l’esprit.
Mon nouvel environnement de travail est complètement parallèle à ce que je connaissais. Je n’ai plus autant de pouvoir sur mon emploi de temps. Il ne s’agit plus d’un travail ponctuel sur un individu X à un moment précis. La délivrance n’est plus la fin de l’aventure. Mon travail n’est plus limité dans le temps, ni dans l’espace (comme c’était le cas à la maternité). Il n’y a plus que deux ou trois collaborateurs avec qui je dois accomplir les taches. Je n’étais plus la maitresse d’une salle d’accouchement avec une équipe restreinte.
Je contribue désormais à une mission plus large dans un environnement plus vaste et des équipes plus nombreuses. Je n’ai plus autant de pouvoir sur mon agenda qu’avant, je n’ai plus autant d’autonomie, et mes projets personnels sont entre parenthèses. Je travaille désormais 5 jours/7, les actions à prendre devraient être autorisées par d’autres personnes. Des superviseurs ( autre nouveauté) me sont assignés, ils ont pour rôle de me prendre sous leurs ailes, me guider, s’assurer que je fais bien les choses et que j’évolue dans mon apprentissage. Je devrais également prendre leur avis, m’assurer de leur accord pour tout ce que j’entreprends.
Bref, fini l’indépendance, finit la liberté. Je devrais réapprendre à travailler. Empêcher mon cerveau de résister, lutter contre la peur et l’angoisse. Je devrais surtout m’habituer à un système pyramidal bien élaboré.
Tout ceci a été un véritable source d’angoisse pour moi. Etant perfectionniste, je devrais lutter contre la résistance et m’assurer à la fois d’une bonne performance. J’ai donné le meilleur de moi au cours de ces 15 derniers mois, malgré ma difficulté d’adaptation. Je me suis donnée à fond pour être à la hauteur. Au point de minimiser la résistance de mon esprit et mon cerveau. J’ai dealé avec le Burn-out sur plusieurs mois Ahahaha. Le travail en lui même n’était pas le problème. Mais l’inconnu oui.
Les vacances de cette année, je les ai attendu comme les voyageurs attendent le train. Pour une fois de toute ma vie j’avais eu vraiment besoin de vacances pour me reposer. Mon cerveau était déjà à quelques mètres de l’explosion (avec tous ces projets personnels qui n’arrêtent pas de m’envoyer des alertes anytimes).
J’ai compris maintenant, j’ai compris la valeur du repos, le fondement même des vacances.
-Découverte de Soi/ Prise de conscience de soi
J’ai longtemps parlé ici de quelques épisodes dépressifs que j’ai traversés. J’ai expliqué mon état d’âme et mes peurs. Par ailleurs, des changements enregistrés, ce nouveau job m’a révélé beaucoup de choses sur moi. Ma personnalité, mes zones d’ombre, des portions de moi dont je n’avais pas forcément conscience.
Mon hypersensibilité
J’ai toujours su qu’il y a quelque chose qui clochait chez moi. Je me rassurais qu’en grandissant j’arriverai à mieux gérer. Je l’ai toujours vécu comme un handicap. Mais ce ressenti est revenu encore plus imposante. L’angoisse et le stress étaient au plus haut plafond.
Le commun des mortels allait juste traverser quelques périodes de doutes et de panique et se serait adapté. Mais à mon niveau chaque information émotionnelle enregistrée par mon cerveau devrait entamer tout un processus et travailler dans un environnement avec plus d’une trentaine de personnes provoque fréquemment un flux d’information au delà de mon contrôle. J’ai touché le fond à en perdre le sommeil.
Bien que l’intégration de nouvelles personnes dans l’organisation soit soigneusement préparée à travers des cours et des coaching personnalisés, j’ai pris du temps pour comprendre ce qui se passe au-dedans de moi. Cependant le point positif a été cette urgente obligation de prise en charge. Je vivais mal mes émotions et je me culpabilisais de cet état, ne pas être comme tous les autres, qui s’en sortent pourtant aussi bien. J’ai été obligé d’apprendre un peu plus sur moi, d’accepter mes zones d’ombre, de travailler plus ardûment sur ma personne. Je n’ai jamais eu autant recours à la méditation, aux livres de développement personnel. Il fallait coûte que coûte me sentir bien. Dans ma quête, j’ai pu mettre un mot sur mon mal-être. Je me suis beaucoup documenté, et j’ai appris pour mon bonheur que ce n’était pas un mal, mais un trait de caractère. J’ai entrepris de le comprendre, de l’accepter et de faire la paix avec.
La claustrophobie
Mon désaffection pour les petits espaces ne m’était pas inconnu. J’ai même emménagé dans un appartement plus grand dès que j’ai mentalement accepté que je pouvais vivre un long moment dans la ville qui héberge mon nouvel emploi. Même l’idée d’appartenir à un cercle fermé, ou être enfermé dan un case imaginaire me désenchante au plus haut point (Ceux qui se posent des questions sur mon bord religieux ont leur réponse). Bref j’étais encore à cette étape, ne sachant pas avoir développé une phobie pour les espaces closes (Ne vous imaginez surtout pas des choses). Lorsque j’ai fait ma première crise, je pensais que j’allais mourir. J’en parlerai surement dans un autre article. C’est grâce à mon nouveau job que j’ai fait cette découverte sur ma personne: J’ai des tendances claustrophobes.
Le type de travailleur que je suis
Ce que l’inconfort m’a permis de savoir, c’est aussi quel type de travailleur je suis. Je sais exactement les choses que je fais avec plaisir et ce que j’aime moins. Je sais dans quelles conditions je suis productive. Je maitrise mieux les valeurs qui me sont fondamentales et jusqu’où je suis prête à aller. Je suis maintenant plus certaine de comment et ce que je veux faire comme métier dans l’avenir, mais surtout quelles sont les compétences essentiels dont j’ai besoin.
Comme je l’ai mentionné, ces derniers mois m’ont emmené à toucher le fond, j’ai enlacé mes ombres. J’apprends au mieux à composer avec mes imperfections à être plus tolérante envers moi-même et surtout à lâcher prise.
Des défis, il y en aura surement encore et encore. Le plus important pour moi, c’est de pouvoir retrouver ces moments de paix intellectuelle pour poser mes mots, écrire mes déboits.
Vive les vacances !
